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CPF & EDOF

RUF 2025 : où va l'argent de la formation

France Compétences a publié son rapport sur l'usage des fonds. Derrière les milliards, une information bien plus utile pour un certificateur : le coût unitaire réel de chaque dispositif, et ce qu'il implique pour votre modèle.

Publié par BEN BOUAZZA

France Compétences a publié le 26 février 2026 son rapport annuel sur l’usage des fonds de la formation professionnelle, portant sur les montants engagés en 2024.

On peut le lire comme un bilan budgétaire. Il est plus utile de le lire autrement : comme la cartographie des modèles économiques accessibles à une certification professionnelle, selon le dispositif sur lequel elle s’adosse.

La photographie d’ensemble

Hors financements dédiés aux demandeurs d’emploi et au conseil en évolution professionnelle, 21,6 milliards d’euros ont été engagés en 2024, en baisse modérée de 1,7 % par rapport à 2023.

Ce léger recul s’explique par trois mouvements convergents : la régulation du financement de l’alternance, la révision des niveaux de prise en charge en apprentissage, et la suppression d’une grande partie des aides au contrat de professionnalisation.

Malgré cela, l’apprentissage continue de progresser.

L’apprentissage domine très largement

Indicateur2024
Contrats engagés896 000
Montants engagés15,6 milliards €
Part des engagements totaux72 %
Coût unitaire17 400 €

Dans ce coût unitaire, 52 % relèvent des coûts pédagogiques et 34 % des aides aux entreprises. L’apprentissage confirme son rôle de moteur financier principal des certifications inscrites au RNCP.

Le contrat de professionnalisation, lui, recule nettement : 93 000 nouveaux contrats, en baisse de 21 %, pour un coût unitaire de 6 960 €. La suppression des aides a fortement pesé sur un dispositif désormais bien moins structurant.

Le CPF, entre régulation et repositionnement

Indicateur2024
Montants engagés2,3 milliards €
Dossiers validés1,39 million
Coût unitaire moyen1 650 €
Durée moyenne61 heures

Deux évolutions ont marqué l’année : l’élargissement du catalogue au permis moto, et l’instauration d’une participation financière obligatoire pour les actifs occupés.

Un chiffre mérite l’attention des certificateurs : 34 % des dossiers concernent des personnes inscrites à France Travail. Le CPF devient le premier levier d’accès à la formation pour les demandeurs d’emploi. Cela déplace le profil des bénéficiaires, et donc les attentes auxquelles une certification doit répondre.

Le coût unitaire moyen de 1 650 € situe par ailleurs le plafond de 1 500 € introduit en 2026 sur les certifications du Répertoire Spécifique : il se place juste sous la moyenne constatée, ce qui explique pourquoi il déstabilise les offres longues.

Deux logiques opposées : PTP et plan de développement

Le projet de transition professionnelle affiche un coût unitaire de 30 100 €, dont environ 64 % correspondent à la rémunération du salarié pendant son congé. Ce sont des parcours longs et certifiants, peu nombreux mais lourds.

À l’opposé, le plan de développement des compétences représente 4,5 millions d’actions pour un coût unitaire moyen de 570 €, sur une durée moyenne de 19 heures, avec un reste à charge employeur de 38 %. Volume massif, valeur unitaire faible, logique d’adaptation au poste.

Ce que révèle l’écart entre dispositifs

Près de 29 500 € séparent le coût unitaire d’un projet de transition professionnelle de celui d’une action du plan de développement des compétences.

Cet écart n’est pas une curiosité statistique. Il signifie qu’un financement de formation ne recouvre pas du tout la même réalité selon le dispositif mobilisé, et que le modèle économique d’une certification dépend directement du dispositif sur lequel elle s’appuie.

Une certification pensée pour l’apprentissage, avec sa durée et son ingénierie, ne se transpose pas telle quelle sur le CPF. Une certification calibrée pour le CPF ne tiendra pas dans l’économie d’un plan de développement des compétences.

L’implication pour un projet de certification

Je vois régulièrement des projets où la question du financement est traitée après coup, une fois le référentiel écrit. C’est l’ordre inverse qui produit des dossiers viables.

Trois constats du rapport structurent l’arbitrage :

  1. L’apprentissage reste le principal moteur financier des certifications RNCP, et de loin.
  2. Le CPF évolue sous l’effet de régulations successives, avec un profil de bénéficiaires qui se déplace vers les demandeurs d’emploi.
  3. Les dispositifs longs intégrant une rémunération pèsent lourd dans l’équilibre global, mais concernent peu de personnes.

Autrement dit, la question n’est pas seulement « ma certification est-elle enregistrable », mais « sur quel dispositif va-t-elle vivre, et son ingénierie est-elle compatible avec l’économie de ce dispositif ». Construire un projet sans intégrer cet environnement, c’est se préparer à découvrir après l’enregistrement que le modèle ne tient pas.

Questions fréquentes

Que recouvre exactement ce rapport ?
Le rapport sur l'usage des fonds de la formation professionnelle analyse les montants engagés par dispositif : CPF, apprentissage, contrat de professionnalisation, projet de transition professionnelle, plan de développement des compétences et conseil en évolution professionnelle. Il vise la transparence des coûts et l'évaluation des règles de prise en charge.
Les montants publiés sont-ils les sommes réellement versées ?
Non, ce sont les engagements décidés sur l'année. La distinction compte : un engagement porte sur un parcours qui peut se dérouler sur plusieurs exercices, notamment en apprentissage.
Pourquoi le coût unitaire du PTP est-il si élevé ?
Parce qu'il ne finance pas que la formation. Environ 64 % du coût correspond à la rémunération du salarié pendant son congé de transition. C'est un dispositif de reconversion longue, pas une action de formation classique.
Quelle conclusion en tirer pour un projet de certification ?
Que le dispositif de financement visé doit être arbitré en même temps que la certification elle-même, et non après. Une même certification n'a pas le même modèle économique selon qu'elle est portée par l'apprentissage, le CPF ou le plan de développement des compétences.

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